Depuis quelques mois, la masculinité alimente les discussions dans l’espace public. Alors que certains propos véhiculent des idées choquantes (voire dangereuses), la question du rôle des hommes dans la société devient aussi épineuse qu’incontournable. Or, ce débat dépasse de loin les opinions de chroniqueurs et d’influenceurs aux positions bien arrêtées. Il relève aussi des modèles que l’on propose aux jeunes, partout, jusque dans les salles de classe. Carl Beaudoin, professeur en psychopédagogie à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), travaille justement sur cet aspect.
Basé au campus de l’UQTR à L’Assomption, M. Beaudoin dirige le Laboratoire international de recherche et d’expertise sur les relations éducatives et les masculinités en contextes éducatifs. Ses travaux abordent les relations éducatives entre les élèves et le personnel enseignant, notamment sous l’angle des masculinités.
« Nous nous intéressons à la diversité des modèles masculins qui peuvent se manifester en éducation. Grâce à la recherche, nous savons que le sexe de l’enseignant ne contribue pas directement à la réussite scolaire. Que ce soit un homme ou une femme qui enseigne, ça n’a pas d’impact sur les notes ! Par contre, le fait d’avoir davantage de modèles masculins à l’école joue sur la construction identitaire de nos jeunes. En ayant des représentations positives de ce que c’est que d’être un homme, ils peuvent mieux se repérer dans leurs rapports avec les autres enfants, ou même au sein de leur famille », explique le professeur au Département des sciences de l’éducation.

Le professeur Carl Beaudoin dirige le Laboratoire international de recherche et d’expertise sur les relations éducatives et les masculinités en contextes éducatifs, basé au campus de l’UQTR à L’Assomption.
Changer la vision
Dans le cadre des travaux du Laboratoire, Carl Beaudoin supervise plusieurs étudiants qui s’intéressent aux stéréotypes et à l’identité de genre en enseignement. Ceux-ci sont motivés par l’impact social lié à leurs recherches.
« Quand on est à l’école, c’est important d’avoir un enseignement qui respecte un certain équilibre homme-femme. Nous ne fonctionnons pas toujours de la même façon, donc ça permet aux jeunes de se sentir mieux compris. En ce sens, il faut démontrer aux hommes que le domaine de l’éducation n’est pas réservé aux femmes. Historiquement, ça a peut-être été la tendance, mais il faut que les hommes commencent à considérer l’enseignement lorsqu’ils choisissent un métier. Plus il y aura d’enseignants pour servir de modèles, plus nous serons en mesure d’y arriver », indique Frédéric Martin, étudiant au baccalauréat en enseignement en adaptation scolaire et sociale.

Frédéric Martin, étudiant au baccalauréat en enseignement en adaptation scolaire et sociale à l’UQTR, campus de L’Assomption.
« Le fait d’avoir un modèle masculin en classe est un facteur de motivation important pour les garçons. C’est vrai qu’il y a plus de femmes dans le métier, mais les hommes sont aussi compétents qu’elles pour enseigner. Ils peuvent devenir de beaux modèles pour les garçons, en les encourageant à ne pas lâcher l’école et à faire ce qu’ils veulent dans la vie », complète Juliette Melançon-Caillé, étudiante au baccalauréat en enseignement en adaptation scolaire et sociale.
Les étudiants de M. Beaudoin soutiennent également qu’être un homme dans le domaine de l’éducation permet de transmettre certaines valeurs, comme la curiosité et la sensibilité. Développer l’intérêt des hommes pour l’enseignement au primaire et au secondaire apparaît donc comme un défi nécessaire. Il reste à les convaincre qu’en exerçant ce métier, ils pourront avoir un impact positif sur le développement des jeunes.
Différentes initiatives
Les membres du Laboratoire collaborent à plusieurs projets de recherche dans le domaine de l’éducation. Avec le Pôle lanaudois en enseignement supérieur, ils travaillent notamment à promouvoir la profession enseignante chez les cégépiens. Ils se sont même rendus au Cégep de Lanaudière, où ils ont animé un kiosque d’information visant à mieux faire connaître le travail des enseignants. Ils ont également recruté des étudiants pour des stages d’un jour et de 10 semaines.
« Pour les stages d’un jour, les étudiants viennent au campus, se familiarisent avec la vie étudiante et assistent même à des cours. Le but est de leur donner un avant-goût de ce qui se fait au baccalauréat en éducation préscolaire et en enseignement primaire et au baccalauréat en enseignement en adaptation scolaire et sociale. Nous en profitions aussi pour les initier aux activités du laboratoire », mentionne M. Beaudoin.
« Quant aux stages de 10 semaines, qui auront lieu cet été, l’idée est de donner aux étudiants du collégial un accès complet au quotidien du campus. Nous voulons qu’ils apprennent à connaître le personnel d’encadrement, et qu’ils puissent travailler sur un vrai projet de développement. Nous comptons d’ailleurs collaborer avec des organismes communautaires de L’Assomption pour leur donner cette possibilité. Le but est que leur stage soit intéressant, étoffé et complet », ajoute le professeur.
À ce chapitre, le Laboratoire collabore déjà avec le Comité régional pour la valorisation de l’éducation (CREVALE). Ensemble, ils ont développé un projet portant sur la conciliation travail-études ; les données scientifiques montrent en effet qu’au-delà de 15 heures par semaine, le travail peut avoir un impact néfaste sur les études. En conséquence, les acteurs impliqués souhaitent dresser un portrait de la situation des jeunes Lanaudois âgés de 14 à 25 ans, afin de déterminer dans quelle mesure ils parviennent à concilier ces deux sphères. Comme la plupart des étudiants du campus de L’Assomption appartiennent à cette tranche d’âge, ceux-ci seront mis à contribution.
Outre cela, M. Beaudoin a commencé à offrir un espace de publication, lui qui dirige la nouvelle revue scientifique Masculinités et relations en éducation, portant sur l’objet des masculinités.
Un ancrage en région
Le laboratoire du professeur Carl Beaudoin fait partie des quelques unités de recherches rattachées à l’UQTR qui ne sont pas hébergées au campus de Trois-Rivières. À ce jour, c’est aussi la seule à être installée au campus de L’Assomption. Sa présence s’avère ainsi des plus importantes, car elle permet aux étudiants basés dans Lanaudière de s’adonner à des activités de recherche.
« À la fin d’un cours, Carl est venu me voir pour me demander si j’étais intéressé à joindre son équipe de recherche. Je n’avais pas d’expérience, mais j’ai tranquillement commencé à écrire des articles, et éventuellement, je me suis mis à publier. Nous travaillons beaucoup avec le Cégep et d’autres organismes pour réaliser des enquêtes, ou pour collecter de l’information », témoigne Frédéric Martin.
« J’avais déjà eu Carl comme enseignant, et j’entretenais un bon lien avec lui. Quand il m’a approché pour faire de la recherche, il m’a proposé d’étudier l’implication des hommes dans le milieu de l’enseignement. Actuellement, il manque beaucoup d’enseignants de sexe masculin ; ceux-ci sont surtout concentrés dans des disciplines comme l’éducation physique. Le but de notre projet est de voir comment nous pourrions amener plus d’hommes dans le métier », évoque Juliette Melançon-Caillé.

Juliette Melançon-Caillé, étudiante au baccalauréat en enseignement en adaptation scolaire et sociale à l’UQTR, campus de L’Assomption.
Par ailleurs, les étudiants de Lanaudière ne sont pas les seuls à saisir les opportunités de recherche qui sont offertes chez eux. M. Beaudoin souligne que son laboratoire accueille aussi plusieurs stagiaires venus de l’étranger. Jusqu’à présent, différentes ententes ont permis à des étudiants du Maroc et d’Haïti de se joindre au groupe, et un stagiaire du Cameroun pourrait bientôt venir à son tour.
« Certains étudiants internationaux viennent effectuer des stages de recherche, mais d’autres choisissent carrément d’entreprendre un projet doctoral. Il faut dire que les relations éducatives et les masculinités en contexte éducatif, qui sont au cœur de nos intérêts, représentent une orientation unique à l’UQTR. D’ailleurs, nous sommes très fiers d’amener une programmation de recherche au campus de L’Assomption. C’est ça, notre valeur ajoutée », conclut le professeur.