Les festivals de la saison estivale sont au cœur de la culture québécoise. Passant du jazz, au country, jusqu’à l’électronique, ils sont tous différents l’un de l’autre. En revanche, ils ont tous tout de même un point en commun : les plaintes de bruits. Au lendemain de chacun de ces événements, on entend toujours une multitude de citoyens dénoncer la pollution sonore. Pourtant, lorsque ce type de pollution ne nous affecte pas directement, il est bien rare qu’on en entende parler. Évidemment, la pollution sonore affecte aussi les animaux. Il est assez courant d’en parler pour les animaux terrestres, mais dans les milieux aquatiques, à l’exception des mammifères marins tels que le béluga, on lève souvent les yeux, et ce, particulièrement sur les poissons d’eau douce.

Frédérick Girard, étudiant à la maîtrise en sciences de l’environnement (profil avec mémoire) de l’UQTR.
Cet article – Courant d’idées – est rédigé par Frédérick Girard, étudiant à la maîtrise en sciences de l’environnement (profil avec mémoire) de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).
Au Québec, le fleuve Saint-Laurent est le joyau de la biodiversité ; par ailleurs, la section du lac Saint-Pierre est même qualifiée de patrimoine de l’UNESCO. Cependant, le fleuve Saint-Laurent est aussi une voie maritime majeure sur laquelle passent près de 4 000 navires chaque année. C’est comme si un train passait aux deux heures dans la cour des gens. C’est assez bruyant !
La pensée courante est que le poisson est un animal moins évolué, et, donc, qu’il n’est pas autant affecté par la pollution sonore. Malheureusement, cela ne pourrait pas être plus loin de la vérité. Les poissons ont un système auditif très développé et peuvent entendre des sons distants de plusieurs kilomètres. Il y a même des espèces qui sont considérées comme des spécialistes de l’audition. En 2024, Jérôme Barbeau (biologiste, UQTR) a démontré que ces espèces spécialistes sont davantage impactées par la pollution sonore. Au Québec, le fait que les poissons spécialistes de l’audition soient plus à risque est particulièrement préoccupant. Cinq des 11 espèces de poissons menacées ou vulnérables à travers la province sont de ces espèces spécialistes de l’audition. D’ailleurs, parmi ces cinq espèces se trouve le chevalier cuivré dont on entend souvent parler ces dernières années dans le contexte de l’expansion du port de Montréal à Contrecœur.
De manière générale, la réponse des poissons à la pollution sonore est la fuite et le changement d’habitat. En d’autres mots, ils déménagent. La pollution sonore engendre un grand stress et une multitude de conséquences chez les poissons. On pense à moins de reproduction, de recherche de nourriture, de communication, de survie des œufs, et, dans certains cas, elle peut même causer la mort de l’individu. En bref, les effets de la pollution sonore sur le poisson sont très importants et ne s’arrêtent pas seulement à ne pas pêcher de poisson entre deux discussions sur un bout de quai. La pollution sonore en milieu aquatique a le potentiel de complètement altérer les écosystèmes.
Plus encore, comme la majorité des autres types de pollution sous réglementation, la pollution sonore ne décline pas avec le temps. Ici même, dans le secteur de Trois-Rivières, en plus du passage de bateau, il va y avoir, dans les prochaines années, la détonation de milliers d’obus dans le lac Saint-Pierre, laissés par l’ancienne zone de tir CYR 606, ce qui va provoquer des sons très puissants pouvant causer des dommages importants chez les poissons.
En somme, bien qu’il soit impossible d’arrêter complètement la pollution sonore en milieu aquatique, il demeure important d’être conscient de ses impacts et d’instaurer des mesures d’atténuation pour protéger ces communautés.

