Le Fonds mondial pour la nature (WWF-Canada) a récemment publié son rapport pour l’année 2025… Ce genre de rapport me rend toujours nerveuse. Cette année, on peut lire que les populations de vertébrés ont vu leurs nombres chuter d’environ 10 % en moyenne au cours des 50 dernières années. Les prairies ont chuté drastiquement : leurs populations ont diminué d’environ 62 % !
Cet article – Courant d’idées – est rédigé par Maryanne Doyon, étudiante à la maîtrise en sciences de l’environnement (profil avec mémoire) de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).
Une décision troublante

Maryanne Doyon, étudiante à la maîtrise en sciences de l’environnement (profil avec mémoire) de l’UQTR.
J’aimerais vous dire que ce rapport a eu un effet choc, qu’il a réveillé les personnes clés de cette apathie envers l’urgence de la situation… Malheureusement, malgré ce tableau alarmant, le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs décide de mettre un terme à l’inventaire de plusieurs espèces animales, par manque de budget. Au moment où la biodiversité canadienne décline à un rythme sans précédent, le Québec décide… de diminuer ses suivis.
L’importance des inventaires et suivis
Les données recueillies lors des inventaires et des suivis sont essentielles pour approfondir nos connaissances sur la faune locale et mieux saisir les effets des changements climatiques et de l’urbanisation. Comment peut-on savoir si l’invasion par la moule zébrée progresse, ou si les quotas de pêche et de chasse sont appropriés sans suivi annuel ?
En fait, on prive les biologistes et les gestionnaires des données qui soutiennent toute décision éclairée en conservation. Ces informations sont utilisées non seulement par des chercheurs académiques pour approfondir nos connaissances, mais également lors de projets d’aménagement du territoire. Sans données à jour, il est impossible d’évaluer le terrain convenablement afin de savoir si des espèces protégées y résident. Procéder ainsi serait travailler à l’aveugle.
L’état de la situation
Concrètement, l’étendue de ces coupures est encore incertaine. Toutefois, nous savons déjà que la tortue des bois, le hibou des marais, les chauves-souris et le saumon atlantique seront visés. Or, la majeure partie des espèces concernées sont retrouvées sur la liste des espèces fauniques menacées et vulnérables du gouvernement du Québec.
Une piste de solution
Évidemment, la question du financement est réelle : la collecte de données nécessite temps, personnel et argent, ce qui en fait les premières ciblées lors de compressions budgétaires. Pourtant, plusieurs études ont testé différentes méthodes d’évaluation permettant de déterminer la meilleure approche selon l’espèce visée et le budget disponible, réduisant ainsi les coûts sans sacrifier la qualité des données récoltées ni les efforts de conservation.
Dans un contexte de compressions budgétaires, la question n’est pas seulement de savoir quoi couper, mais où. Une (trop) large part des ressources est consacrée à la gestion, au détriment de l’expertise scientifique sur le terrain. Une réduction ciblée de certaines fonctions de gestionnaires, combinée à une optimisation des protocoles scientifiques, permettrait de préserver la production de données essentielles, tout en limitant l’alourdissement bureaucratique.
Bref…
Continuer de couper dans les suivis fauniques, ce n’est donc pas un manque de solution, mais un choix. Un choix qui implique plus d’incertitude, moins de connaissance et, ultimement, une protection affaiblie pour les espèces concernées. Protéger la faune sans suivi, c’est comme naviguer dans le brouillard sans phare : c’est un risque que nous ne pouvons pas nous permettre ! Pourquoi devrait-on accepter que le futur de notre biodiversité continue d’être compromis ?
Bibliographie
Bennett, Joseph R., Sean L. Maxwell, Amanda E. Martin, Iadine Chadès, Lenore Fahrig, and Benjamin Gilbert. “When to Monitor and When to Act: Value of Information Theory for Multiple Management Units and Limited Budgets.” Journal of Applied Ecology 55, no. 5 (2018): 2102–13. https://doi.org/10.1111/1365-2664.13132.
Gouvernement du Québec. Liste des espèces fauniques menacées ou vulnérables. (version 2025, 31 mars). https://www.quebec.ca/agriculture-environnement-et-ressources-naturelles/faune/gestion-faune-habitats-fauniques/especes-fauniques-menacees-vulnerables/liste
Hanson, Jeffrey O., Jenny L. McCune, Iadine Chadès, Caitlyn A. Proctor, Emma J. Hudgins, and Joseph R. Bennett. “Optimizing Ecological Surveys for Conservation.” Journal of Applied Ecology 60, no. 1 (2023): 41–51. https://doi.org/10.1111/1365-2664.14309.
Savoie, D. (2025, 19 octobre). Québec cesse l’inventaire de certaines espèces animales. Radio-Canada. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2200378/inventaires-especes-reduction-suspension-ministere-environnement
WWF-Canada. 2025. Living Planet Report Canada: Wildlife at Home. Currie J. & Snider J. World Wildlife Fund Canada. Toronto, Canada.

