Le parcours du professeur Mathieu Point n’a rien de linéaire, et c’est sans doute ce qui fait la force de sa vision. Formé d’abord en activité physique adaptée, il travaille auprès de personnes « qui sortent de la norme ». Une expérience fondatrice, qui l’amène à repenser la place du corps, du mouvement et du contexte dans les apprentissages. Le professeur au Département des sciences de l’éducation consacre l’essentiel de ses recherches à la petite enfance, plus précisément au jeu extérieur, à l’éducation par la nature et à la notion de prise de risques. Une thématique où il se fait autant chercheur qu’accompagnant.
« J’accompagne les adultes dans la recherche, la formation, la participation, explique-t-il. On essaie de répondre à des besoins réels de changement de pratiques et de documenter ces transformations. »
Son travail touche les milieux qui côtoient des groupes d’enfants pour lesquels on souhaite améliorer les pratiques extérieures, un enjeu majeur, alors que les plus jeunes ont moins accès à la nature et davantage aux écrans, en comparaison aux générations précédentes. Les bénéfices sont pourtant multiples : estime et confiance en soi, coopération, résolution de problèmes… des compétences transversales essentielles à une réussite éducative durable.
Pour le professeur Point, travailler avec les jeunes revient à travailler « la base ».
« Lorsqu’on sort à l’extérieur, on met en relation différents savoirs : historiques, culturels, biophysiques et autochtones à travers les sens et les émotions. Cette approche, plus sensible et ancrée dans le contexte, favorise le bien-être et apporte de nombreux bienfaits. Changer les façons d’apprendre permet aussi de réconforter certains élèves dans leur processus d’apprentissage », souligne-t-il.
L’éducation en plein air devient alors un outil supplémentaire dans le coffre du pédagogue, une manière de rejoindre les apprenants autrement.
« On n’est pas forcément des précurseurs, mais dans le contexte actuel, on sort clairement de la norme », exprime-t-il, avec justesse.
Ses travaux s’inscrivent également dans une réflexion émergente : la place de l’éducation dans le développement durable. Un champ encore peu abordé, qui soulève une question fondamentale : comment former les éducateurs à ces réalités, et comment les préparer à transmettre ces enjeux dès la petite enfance ?
Redonner une place authentique aux enfants dans la recherche
« Pendant longtemps, en éducation, on faisait de la recherche sur les enfants à travers le regard des adultes. » Or, rappelle-t-il, les enfants ont une voix singulière. Dans ces projets, on les laisse s’exprimer par le jeu, la photographie, l’entretien, sans dénaturer leurs propos.
Les enjeux sont nombreux : éthique, consentement, rôle de l’adulte, posture du chercheur. Les données recueillies auprès d’enfants, mais aussi de parents, de directions et d’enseignants — au Québec comme en France — servent à questionner la vision de la réussite à la maternelle. « Si on ne comprend pas ce que l’enfant perçoit de ce qu’on met en place, il devient difficile pour le professionnel de s’adapter. » À terme, l’objectif est clair : améliorer la réussite éducative au sens large dès les premières années.
L’Acfas : un terrain de rencontres et de nuances
Chaque année, l’Acfas représente pour lui une plateforme précieuse.
« C’est l’occasion d’organiser des colloques qui rassemblent des collègues avec lesquels on collabore rarement. Ils viennent de partout dans la francophonie. C’est un espace riche où se confrontent visions, nuances et éclairages complémentaires, des éléments indispensables pour comprendre la complexité éducative », détaille Mathieu Point.
Cette année, il coorganise un colloque sur la collaboration à l’éducation préscolaire, abordée sous l’angle de la formation initiale, de la formation continue et de la recherche collaborative. Il participe aussi à un autre rendez-vous scientifique portant sur la voix des enfants dans les méthodologies de recherche.
Et la notion de « science sans frontières » ?
« La circulation internationale du savoir est un moteur. Les articles venant d’ailleurs enrichissent les perspectives locales et amènent des nuances essentielles. La science n’a pas de frontières, mais elle a des contextes : culturels, socioéconomiques, organisationnels. Chaque milieu éducatif possède ses particularités. Connaître les recherches menées ailleurs permet d’éclairer différemment la réalité québécoise, d’adapter des idées innovantes et d’avancer collectivement », conclut-il.
Rappelons que la présentation du 93e Congrès annuel de l’Acfas à l’UQTR est rendue possible grâce à la participation de précieux partenaires, dont Innovation et Développement économique (IDÉ) Trois-Rivières, Covariance et la Fondation de l’UQTR.


