La contribution de trois chercheurs de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) se retrouve au cœur du nouveau Rapport sur le climat changeant du Canada 2026, qui dresse un portrait préoccupant de l’évolution de la neige, de la glace et des sols gelés au pays.
Intitulé Changements dans la cryosphère, le sixième chapitre du rapport fédéral, dans lequel nos chercheurs se démarquent particulièrement, analyse l’évolution passée et future de six composantes de la cryosphère canadienne : la neige, la glace de mer, la glace des lacs et des rivières, les glaciers, le sol gelé de façon saisonnière et le pergélisol. Les conclusions montrent que ces différentes composantes subissent des transformations importantes sous l’effet du réchauffement climatique.
La présence du Département des sciences de l’environnement de l’Université est particulièrement notable puisque Alexandre Roy, Christophe Kinnard, Martin Leduc (professeur associé) et Hesam Salmabadi ont contribué au chapitre sur la cryosphère en écrivant une nouvelle section sur le gel saisonnier. Leur participation témoigne de l’expertise développée à l’UQTR dans l’étude des environnements froids, de la neige, des glaciers et des cycles de gel et de dégel, via le Centre de Recherche sur les interactions Bassins Versants – Écosystèmes Aquatiques, le Laboratoire RIVE de l’UQTR.
La contribution des membres de l’UQTR au chapitre s’étend également à l’étude du sol gelé. Le rapport constate que le nombre annuel de jours pendant lesquels le sol demeure gelé de façon saisonnière a diminué au Canada au cours des quatre dernières décennies. Le phénomène devrait se poursuivre avec le réchauffement climatique.
«Le Canada s’est réchauffé au cours des 75 dernières années en raison des émissions de gaz à effet de serre provenant des activités humaines. Au cours de cette période, le Canada s’est réchauffé de 2,0 °C, et le Nord canadien s’est réchauffé de 2,6°C. Le réchauffement climatique et les changements connexes du climat au Canada sont essentiellement irréversibles », souligne le professeur Roy.
Cette question rejoint particulièrement les travaux d’Hesam Salmabadi, associé au Département des sciences de l’environnement de l’UQTR et supervisé par Alexandre Roy. Ses recherches portent notamment sur la surveillance des transitions entre les états gelé et dégelé du sol à l’aide de données satellitaires et de capteurs au sol. Ces transitions jouent un rôle important dans les cycles de l’eau, de l’énergie et du carbone dans les écosystèmes nordiques.
Le rapport souligne notamment que le pergélisol se réchauffe et dégèle dans le nord du Canada depuis les années 1980. Ce phénomène transforme les paysages, peut provoquer l’affaissement des sols, la formation ou le drainage de plans d’eau ainsi que des instabilités de terrain. Le pergélisol constitue également un important réservoir de carbone : son dégel peut entraîner la libération de dioxyde de carbone et de méthane, contribuant à leur tour au réchauffement climatique.
Une cryosphère canadienne en profonde transformation
Le rapport conclut par ailleurs que la durée du manteau neigeux a diminué dans de vastes secteurs du Canada au cours des quatre dernières décennies. Entre 1979 et 2023, la durée moyenne du couvert nival canadien a diminué d’environ 0,8 jour par décennie. Cette diminution est particulièrement marquée dans le nord du pays, le sud de l’Ontario et certaines régions de l’Est.
Les projections annoncent une poursuite de cette tendance. Pour chaque hausse de 1 °C de la température moyenne mondiale, la plupart des régions canadiennes pourraient perdre d’une à deux semaines de couverture neigeuse saisonnière. Dans certaines régions de l’Ontario, du Québec et de l’Est canadien, la diminution pourrait dépasser deux semaines.
Les changements touchent également les milieux aquatiques. La durée de la couverture de glace des lacs a diminué dans une grande partie du pays au cours des dernières décennies, alors que les périodes de débâcle des rivières se transforment. Dans certaines régions du sud de l’Ontario et du Québec, les modèles envisagent même la disparition complète de la couverture de glace de certains lacs d’ici la fin du siècle dans un scénario de très fortes émissions.
Les glaciers sous pression
Le rapport fait également état d’une perte généralisée de masse des glaciers de l’Ouest canadien et de l’Arctique. Tous les glaciers de ces régions se sont amincis au cours des deux dernières décennies et demie, selon les observations satellitaires. Dans l’Ouest canadien, cette fonte entraîne déjà une diminution de la contribution des glaciers au débit estival de certains bassins versants.
Cette conclusion fait écho directement aux travaux menés depuis plusieurs années à l’UQTR par le professeur Christophe Kinnard, spécialiste de la glaciologie et directeur du GlacioLab. Ses recherches portent notamment sur les interactions entre les glaciers et le climat, l’hydrologie nivale et glaciaire ainsi que les effets des changements climatiques sur les environnements froids. Ses travaux s’inscrivent en ligne directe avec les enjeux soulevés par le rapport fédéral. Les recherches de son équipe ont notamment porté sur le bilan de masse des glaciers et sur le développement de méthodes de mesure à haute précision permettant de suivre leur évolution.
Une expertise uqtrienne qui rayonne à l’échelle nationale
La participation d’Alexandre Roy, de Christophe Kinnard et de Hesam Salmabadi illustre ainsi la contribution de l’UQTR à un exercice scientifique d’envergure nationale. Leurs expertises respectives, eux qui sont également membres du Centre d’études nordiques (Université Laval), permettent d’éclairer différentes facettes de la cryosphère, de la neige et du gel saisonnier jusqu’aux glaciers et aux transformations des environnements nordiques.
Le constat général du chapitre est sans équivoque : les différentes composantes de la cryosphère canadienne changent de façon cohérente sous l’effet du réchauffement climatique. Et plus la température mondiale augmentera, plus ces transformations devraient s’accentuer. À l’inverse, limiter le réchauffement permettra de limiter l’ampleur des changements touchant la neige, la glace, les glaciers et les sols gelés.
Pour l’UQTR, cette participation au Rapport sur le climat changeant du Canada 2026 constitue une nouvelle illustration de la portée nationale des recherches menées à Trois-Rivières sur les changements climatiques et les environnements froids.
