Une étude menée notamment par la professeure Diane Martin-Moya de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), révèle que les individus analysés dans le cimetière Notre-Dame de Montréal, datant de l’époque de la colonisation, étaient principalement d’origine européenne. Cette découverte contredit ainsi les mythes autour d’une Nouvelle-France métissée.
« Certains récits historiques laissent entendre qu’il y avait beaucoup d’échanges entre les colons et les Autochtones au temps de la colonie. On espérait pouvoir démontrer cet aspect en analysant les ossements de cimetières coloniaux », relatent Diane Martin-Moya, professeure au Département d’anatomie de l’UQTR et Isabelle Ribot, professeure au Département d’anthropologie de l’Université de Montréal (UdeM).
Publiés dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), les résultats de l’étude reposent sur l’analyse de l’ADN ancien de 45 individus exhumés du principal cimetière de la colonie. Cette recherche, réalisée en collaboration avec l’Université de Montréal, le laboratoire TRACES de l’UQTR, l’Institut de cardiologie de Montréal et l’Université McGill, constitue la première étude de ce type menée au Québec.
Les analyses génétiques n’ont révélé aucun indice de métissage entre colons européens et populations autochtones parmi les individus étudiés. Bien que ces résultats ne puissent être généralisés à l’ensemble de la Nouvelle-France, ils remettent en perspective certains récits historiques présentant la colonie comme largement métissée.
Extraire l’ADN
En activité de 1683 à 1796, le cimetière Notre-Dame était rattaché à la paroisse du même nom (où se trouve maintenant la basilique Notre-Dame). Des fouilles entre les années 1990 et 2013 lors de la rénovation du parvis ont mis au jour les restes d’environ 200 individus. C’est sur cette collection empruntée par l’UdeM à la Ville de Montréal que des études sur la morphologie des dents et des analyses isotopiques ont pu, entre autres, être menées. « On s’est dit qu’il serait intéressant d’aller plus loin dans cette approche et de se servir de l’ADN pour évaluer la diversité biologique », raconte Isabelle Ribot.
L’équipe a échantillonné 60 os de crâne et 33 dents qui leur étaient associées, pour un total de 45 individus. « On utilise la cochlée, qu’on retire de l’os temporal, parce que c’est la partie la moins exposée à l’environnement et donc la moins susceptible d’être contaminée. On prend aussi les dents pour des raisons éthiques, car cela ne nécessite pas de faire des découpes sur le crâne », explique Diane Martin-Moya.
Après avoir réduit les échantillons en poudre, l’ADN est extrait. Les séquences d’ADN sont ensuite reconstituées en recourant à des méthodes bio-informatiques pour combler les lacunes dans les fragments recueillis. Le tout est finalement étudié statistiquement et comparé avec des bases de données mondiales de populations diverses pour relever les mutations particulières, liées à des régions géographiques.
La place des Autochtones en Nouvelle-France
Les restes analysés se sont tous avérés Européens, en majorité d’origine française. « À l’échelle du sous-échantillonnage, du moins, la mixité colons-Autochtones n’existe pas. Ça ne veut pas dire que ce serait la même chose dans d’autres cimetières, par exemple le cimetière des pauvres qui date de la même époque, mais dans le cimetière Notre-Dame, qui était le principal à l’époque, ce n’est pas le cas », précise Diane Martin-Moya.
Certaines données archéologiques confirment une présence autochtone au cimetière de Pointe-à-Callière, le premier cimetière construit par les colons. Mais cette présence n’est pas une garantie de la bonne entente entre les deux peuples, rappellent les chercheuses « Même si l’on trouve des restes autochtones dans les cimetières, on peut se demander quelle était la place de ces hommes et de ces femmes dans la société », soulève la chercheuse de l’UQTR.
Ces résultats appuient les remises en question par plusieurs chercheurs autochtones et allochtones de ce récit de métissage et de relations harmonieuses entre les Français et les Premiers Peuples.
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