La recherche en contexte autochtone est en pleine redéfinition au Québec, portée par un mouvement de fond qui transforme autant les pratiques universitaires que les attentes des communautés. Universités et organisations autochtones redéfinissent ensemble un nouvel espace de collaboration, où les projets se construisent selon les priorités, les protocoles et les rythmes autochtones. Au cœur de cette évolution se trouve un principe central : l’importance du lien relationnel.
« Encore tout récemment, les universités faisaient de la recherche sur les Premiers peuples, mais pas avec eux. Et si des collaborations existaient, la recherche se déroulait toujours à la façon des universitaires, sans réellement tenir compte des coutumes, des valeurs et des savoir-faire autochtones », explique Samuel Rainville, directeur du Bureau des relations avec les premiers peuples de l’UQTR.
Lui-même Innu, Samuel Rainville est bien placé pour parler de l’importance de mettre sur un même pied d’égalité les universitaires et les partenaires autochtones en contexte de recherche. Il se joindra d’ailleurs aux professeures Anne-Marie-Leclerc (Département des sciences infirmières), et Julie Rock (Département de psychoéducation et de travail social) pour dévoiler des pistes de solution dans le cadre du 93e congrès de l’Acfas avec le colloque Tshitshikuetau uauitshitun : l’enracinement des approches relationnelles dans la recherche en contexte autochtone, qui se tiendra les 12 et 13 mai prochain.
Ce colloque mettra justement en lumière l’élément rarement discuté dans l’espace public et la recherche universitaire : la relationnalité autochtone. Cet élément place la confiance, les liens communautaires, le territoire, les processus de guérison et les savoirs (traditionnels et contemporains) au cœur de la démarche scientifique et redéfinit ce que signifie « faire de la recherche » dans les cadres institutionnels habituels. À travers des projets concrets présentés par des chercheurs autochtones, des collectifs de recherche et des partenaires allochtones, le colloque montrera comment cette relationnalité transforme les pratiques, influence les décisions et ouvre la voie à une recherche réellement porteuse pour les communautés.
« Lorsqu’on travaille avec les Premiers peuples, la relation est au cœur de tout. Il ne faut rien forcer, il faut prendre du temps, respecter le rythme et l’expertise de chacun pour que la confiance s’installe. Une fois que la relation est bien établie et que le lien de confiance est là, la collaboration devient plus enrichissante pour toutes les personnes impliquées », explique la professeure Leclerc.
Acfas et savoirs autochtones
Habituée des congrès de l’Acfas, Julie Rock est toujours fière d’y représenter son identité innue et de transmettre ses connaissances. Elle utilise l’analogie du portage, cette technique de déplacement en canot issue du savoir-faire ancestral, pour expliquer sa relation avec ses collaborateurs universitaires.
« Quand on fait un portage, on prend le temps de bien préparer son canot. C’est comme monter un projet. Et un jour, j’ai eu l’impression qu’Anne-Marie partait plus pour faire un triathlon à toute allure qu’un portage. J’ai eu besoin de lui demander de s’ajuster car notre rythme et notre vision du temps étaient différents. Comme la relation était bonne entre nous, l’ajustement s’est bien fait sans diminuer les standards de notre travail », témoigne Mme Rock.

L’esprit de communauté est une valeur importante pour les Premiers peuples. (Photo: Isabelle Cardinal, UQTR)
Sciences sans frontières
Questionné sur le sens de la thématique du 93e congrès annuel de l’Acfas, le trio de chercheurs exprime les différentes significations qu’évoque pour eux le thème « sciences sans frontières ». 
« Pour moi, ça signifie le partage des meilleures pratiques », exprime Anne-Marie Leclerc, sous le regard approbateur de sa collègue Julie Rock. Cette dernière ajoute aussi que la thématique lui inspire une absence de hiérarchie et un sentiment d’égalité.
« Chez les autochtones le concept de frontière n’existe pas, explique Samuel Rainville. Nous connaissons les limites des territoires des différentes nations, mais elles ne sont pas vues de la même façon que les allochtones. La frontière n’est pas un concept qui nous limite, mais davantage une marque territoriale, souvent une rivière ou un fleuve qui sépare deux peuples. »
Rappelons que la présentation du 93e congrès annuel de l’Acfas à l’UQTR est rendue possible grâce à la participation de précieux partenaires dont Innovation et Développement économique (IDÉ) Trois-Rivières, Covariance et la Fondation de l’UQTR.
