La professeure Emmanuelle Caccamo, du Département de lettres et communication sociale souhaite profiter de la tenue de l’ACFAS à Trois-Rivières pour transformer l’opportunité en geste pédagogique, presque littéralement un laboratoire d’apprentissage. Pour ce faire, au lieu de passer par la voie traditionnelle et de présenter elle-même le fruit de ses recherches, elle implique ses personnes étudiantes et les accompagne dans la mise sur pied d’un colloque entièrement porté par elles : de l’appel à communications à la réception des propositions jusqu’à la tenue de l’événement.
Pour plusieurs, ce sera une première participation à un événement scientifique. Pour elle, c’est précisément là que se trouve la richesse du projet : faire vivre toutes les étapes, transmettre une tradition académique et montrer comment un colloque stimulant se construit.
Hybride dans sa conception, à la fois dirigé par la professeure et façonné par les doctorants, Roxanne Lefebvre-Baril et Sami Palm, l’événement portera sur la communication et l’interdisciplinarité. Et déjà, les étudiants y plongent avec un sérieux qui l’impressionne. Ils ont rédigé eux-mêmes l’appel à communication, l’ont diffusé avec aplomb et ont suivi, avec intérêt, l’arrivée des propositions avant la date limite du 2 février.
Un rôle d’accompagnatrice qui rend Emmanuelle Caccamo fière.
« Je suis là comme guide, comme soutien », souligne-t-elle simplement. Et pourtant, derrière cette humilité se trouve un objectif spécifique : les étudiants doivent créer du savoir, des expériences structurantes et c’est à travers ce type de projet qu’ils s’approprieront réellement la recherche.
« Le colloque sera un espace d’innovation. Plusieurs étudiants explorent des méthodes émergentes, parfois inattendues. J’ai une étudiante à la maîtrise qui travaille sur la façon de mener des entretiens avec des IA génératives », cite-t-elle en exemple.
Recherche, création, observation : tout s’attache pour former une courtepointe d’apprentissage.
« C’est magnifique, parce que les étudiants créent du savoir. C’est pour ça que je suis passionnée de ce métier-là », confie-t-elle. Les échanges intellectuels, à tous les niveaux, sont pour elle un élément central du travail universitaire.
Pour Emmanuelle Caccamo, la tenue de l’ACFAS à l’UQTR, c’est une occasion en or de faire rayonner la recherche étudiante et d’intégrer davantage les cycles supérieurs au cœur de la vie scientifique. Elle l’a vécu elle-même au doctorat : organiser un colloque, c’est plus qu’y présenter une communication, c’est bâtir une structure, tisser des réseaux, ouvrir un espace pour que les idées circulent. Ses étudiants ont accueilli cette proposition avec enthousiasme.
« Que cette édition se déroule dans une université régionale me réjouit. L’UQTR va rayonner. On va accueillir énormément de monde, ça va dynamiser la recherche, créer un momentum », mentionne-t-elle.
Elle imagine déjà les discussions spontanées dans les corridors, les rencontres imprévues, les idées qui naissent en marge des conférences, des moments qu’elle considère comme l’essence même du congrès.
« L’ACFAS, c’est le rendez-vous savant de l’année pour les francophones », lance-t-elle.
« C’est un lieu où l’on s’inspire autant qu’on inspire, où des collègues d’outre-Atlantique se joignent chaque année, où la communauté scientifique prend forme, au-delà des frontières académiques et géographiques », ajoute-t-elle.
Des frontières scientifiques qui, justement, la préoccupent. Oui, les possibilités sont plus grandes que jamais, mais en contrepartie, tous n’ont pas les mêmes opportunités de recherche.
« Je ne peux m’empêcher de penser aux chercheurs de pays en guerre, aux étudiants empêchés de se déplacer, aux récents resserrements en immigration qui freinent les échanges culturels et scientifiques. Le brassage des cultures est essentiel pour les connaissances, pour évoluer ensemble », rappelle-t-elle.
Dans sa salle de cours comme dans les couloirs de l’université, la professeure Caccamo incarne cette conviction : la recherche ne doit pas seulement être transmise, elle doit être vécue et construite collectivement, ce qui la rend plus riche encore.
