Chaque automne, des milliers de jeunes et moins jeunes franchissent les portes du cégep pour la première fois. Pour plusieurs, il s’agit d’une étape excitante : nouvelles rencontres, découverte de l’autonomie, cours stimulants. En même temps, cette période est souvent empreinte d’anxiété, de pression de performance ou du sentiment de ne pas vraiment être à sa place.

David Baril, professionnel de recherche au Département des sciences de l’éducation de l’UQTR.
Cet article – Courant d’idées – est rédigé par David Baril, M. Sc., c.o., professionnel de recherche au Département des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).
Quand elle est bien soutenue, la transition au collégial ouvre la voie à l’épanouissement, à la persévérance et à la diplomation. Or, sans appuis adaptés, elle peut mener à l’insatisfaction, à la démotivation et à l’interruption des études.
Notre recherche menée auprès de plus de 850 collégiens et collégiennes, provenant de 10 cégeps québécois, révèle à quel point les besoins en matière de transition lors de la première année sont prédominants et diversifiés. Nos analyses ont permis d’identifier cinq grands profils de collégiens et collégiennes.
Cinq profils pour penser la diversité des besoins lors de la transition au collégial
- Autonomie et confiance (10 %)
Avec peu de besoins exprimés, mis à part un besoin modéré en gestion du stress, ces étudiantes et étudiants ressentent peu de difficultés dans leur transition au collégial. Ils affichent ainsi une bonne confiance dans leur capacité à réussir cette étape. - Multiples besoins d’orientation et d’adaptation (21 %)
Projet d’orientation à clarifier, gestion du stress, organisation du temps, adaptation aux nouvelles exigences scolaires… Ces étudiantes et étudiants expriment de nombreux besoins qui touchent directement leur parcours d’études. Ils ont particulièrement besoin de repères clairs ainsi que d’un accompagnement individualisé.
- Accent sur la réussite scolaire et l’exploration de soi (26 %)
Il s’agit du profil le plus répandu, caractérisé par des besoins centrés sur la réussite scolaire et l’orientation. Ces étudiantes et étudiants souhaitent à la fois développer de bonnes méthodes de travail et mieux comprendre les attentes académiques, tout en approfondissant leur connaissance de soi et du marché du travail.
- En quête d’appartenance (21 %)
Pour ces étudiantes et étudiants, l’intégration sociale apparaît capitale. Ils veulent tisser des liens d’amitié et sentir qu’ils appartiennent à leur cégep ou à leur programme.
- Les préoccupés par l’argent (22 %)
Ici, le financement des études concerne la principale inquiétude. Prêts et bourses, démarches administratives, conciliation emploi/études : les enjeux financiers génèrent un stress important.
Pourquoi ces résultats sont importants
Cette recherche montre que la première année au cégep est une période culminante de besoins pour une grande majorité des étudiantes et des étudiants. Elle met aussi en évidence qu’il n’existe pas un seul portrait de l’étudiant qui arrive au cégep, mais bien une mosaïque d’expériences.
- Venir de loin. Une étudiante provenant d’une autre région du Québec, voire d’un autre pays, peut devoir surmonter l’éloignement de sa famille et de ses amis en plus de son adaptation scolaire.
- Retourner sur les bancs d’école. Un parent de retour aux études devra jongler avec les responsabilités familiales, scolaires et financières.
- Vivre sous pression. Un étudiant en programme contingenté sent le poids constant de la cote R, car son avenir universitaire en dépend.
Ces exemples rappellent qu’accompagner les étudiantes et étudiants en transition ne peut pas se résumer à offrir une aide uniforme. La réussite de la transition au collégial ne repose pas uniquement sur la motivation ou les capacités individuelles, elle dépend aussi de l’environnement, du soutien reçu et des défis propres à chaque parcours.
Et concrètement, que peut-on faire?
Les résultats suggèrent plusieurs pistes d’action pour les cégeps :
- Mieux accompagner dès l’entrée : Offrir des séances d’accueil prolongées, avec non seulement une présentation des services, mais aussi des ateliers pratiques (gestion du temps, méthodes de travail, prêts et bourses, utilisation des plateformes numériques, etc.).
- Renforcer l’accès aux services d’orientation et aux services de santé psychologique : accroître la visibilité et la disponibilité des ressources en orientation et en santé mentale (psychologues, intervenants sociaux, ateliers de gestion du stress).
- Soutenir les transitions multiples : adapter les services pour les membres de la communauté étudiante qui vivent des réalités particulières (parents, personnes en situation de handicap, personnes non-binaires, étudiantes et étudiants internationaux), en misant sur la flexibilité des horaires ou un accompagnement individualisé.
- Valoriser le mentorat par les pairs : jumeler les nouveaux membres de la communauté étudiante avec des pairs plus avancés dans leur parcours afin de créer un réseau d’entraide et de modèles inspirants.
- Alléger les pressions financières : information claire sur les aides financières disponibles, accompagnement dans les démarches administratives, flexibilité dans les horaires, garderie sur le campus.
- Créer des espaces inclusifs : mettre en place des lieux de rencontre et d’échanges qui valorisent la diversité culturelle, identitaire et sociale, afin de favoriser le sentiment d’appartenance.
Pour en savoir plus
Les résultats détaillés de cette recherche seront bientôt publiés dans la revue Éducation inclusive.
- Baril, D., Boyer-Brosseau, M. Rousseau, N., Duranleau, C. & St-Vincent, L.-A. (2025). Soutenir la diversité des besoins en matière de transition au collégial : résultats d’une analyse de classes latentes. Revue éducation inclusive, 12. https://doi.org/10.7202/1124534ar


