Derrière chaque stagiaire qui apprend à enseigner, il y a un enseignant associé qui l’accueille dans le milieu scolaire, et un superviseur de stage mandaté par l’Université. Ensemble, ils forment, accompagnent, questionnent, guident. Toutefois, le rôle de ces acteurs clés de la formation demeure encore trop souvent dans l’ombre.
Cet article – Courant d’idées – est rédigé par Christophe Baco et Anderson Araújo-Oliveira, professeurs au Département des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).
Christophe Baco, professeur au Département des sciences de l’éducation de l’UQTR. |
Anderson Araújo-Oliveira, professeur au Département des sciences de l’éducation de l’UQTR. |
Accueillir un stagiaire ne se résume pas à lui ouvrir la porte de sa classe. Cela suppose d’observer finement, de formuler des rétroactions, de soutenir sans imposer, de créer des espaces de réflexion, de collaborer avec le superviseur universitaire. Ces gestes mobilisent des compétences spécifiques, souvent peu visibles, qui relèvent de la formation d’adultes. Ainsi, devenir enseignant associé ou superviseur, c’est s’assumer comme formateur.
Dans ce contexte, une question s’impose : comment reconnaît-on réellement cette professionnalité ?
À l’UQTR, cette préoccupation ne date pas d’hier. Dès le début des années 2000, la professeure Liliane Portelance a contribué à l’élaboration d’un cadre de référence pour la formation des formateurs de stagiaires, en collaboration avec des représentants des universités québécoises. Encore aujourd’hui, ce cadre constitue une structure de formation à travers le Québec.
Et cette dynamique est toujours bien vivante.
Récemment, sous l’impulsion du professeur Christophe Baco (UQTR), une journée d’étude internationale du Groupe pour l’évaluation des pratiques professionnelles a rassemblé des enseignants associés, des superviseurs et des formateurs de formateurs venus du Québec, de la Belgique et de la Suisse. L’ampleur de l’engagement requis pour accompagner un stagiaire, mais aussi la nécessité d’outiller davantage celles et ceux qui assument ce rôle, était au cœur des échanges. Une synthèse des échanges et diverses publications seront mises en ligne prochainement.
Cette volonté se traduit aussi par des collaborations concrètes sur le plan de la recherche. Le projet Form@stage, mené avec la Haute École en Hainaut et la Haute École Provinciale de Hainaut-Condorcet, en est un exemple éloquent. Doté d’un financement important, il vise à développer des dispositifs innovants pour la formation des enseignants associés, une reconnaissance qui passe ici par l’investissement et la coconstruction internationale.
Mais la reconnaissance se joue aussi à plus petite échelle, dans des gestes institutionnels concrets. À l’UQTR, un rassemblement de formateurs de stagiaires réalisé le 29 avril dernier a permis de réunir plus de 120 formateurs de stagiaires et responsables de la formation. Ce fut un moment fort, à la fois pour partager des pratiques, réfléchir collectivement et, surtout, se reconnaître comme communauté professionnelle.
Dans la même veine, la mise en place prochaine de prix départementaux visant à souligner les pratiques inspirantes d’enseignants associés marque un tournant important. Reconnaître, c’est aussi nommer, valoriser, rendre visible.
Tout cela témoigne d’un mouvement qui s’inscrit dans le temps et qui est toujours bien vivant.
Reste une question essentielle : jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour reconnaître pleinement celles et ceux qui forment la relève enseignante ? En effet, au-delà des événements et des initiatives, cette reconnaissance suppose des conditions concrètes : du temps, de la formation, un véritable soutien institutionnel. Former les enseignants de demain ne peut pas reposer uniquement sur l’engagement individuel des formateurs. Cela appelle une responsabilité collective.
Plus encore, reconnaître la professionnalité des enseignants associés et des superviseurs, ce n’est pas simplement valoriser leur contribution. C’est affirmer que la formation à l’enseignement ne se joue pas seulement à l’université, mais aussi – et de manière décisive – là où le métier s’apprend au contact du réel.
