Lorsqu’elle pose le pied au Québec en 2014, Hong Tang laisse derrière elle le sud de la Chine, une carrière d’infirmière et un quotidien bien ancré. Devant elle : une ville inconnue, une langue étrangère et l’espoir d’offrir à sa famille un avenir plus stable. Douze ans plus tard, après un parcours semé d’obstacles, elle regarde enfin son chemin avec fierté.

Hong Tang lors de la remise de son diplôme de l’ÉIF.
Aujourd’hui mère de trois enfants, Hong vient de compléter une formation de 30 mois au centre de cours de Montréal de l’École internationale de français (EIF) de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). Une étape décisive qui lui a permis de transformer son rapport au français — et à sa nouvelle société.
Les premiers mois à Montréal ont le goût du déracinement. « Tout était étranger : la ville, la culture, le système de santé, même la cuisine », raconte-t-elle.
Sans permis de conduire, sans diplôme reconnu, sans réseau social, Hong se retrouve confinée à la maison, isolée, loin de son ancienne vie d’infirmière. Le rêve canadien s’effrite au fil des semaines. Très vite, elle comprend que sa porte d’entrée vers l’intégration passe par la langue. « Je voulais retourner aux études et trouver un bon emploi », dit-elle. Mais pour y parvenir, il lui faut d’abord apprivoiser le français.
La langue comme épreuve
En 2015, elle s’inscrit aux cours de francisation du ministère de l’Immigration. L’expérience est brutale. « Les cours étaient trop rapides. Il y avait trop d’informations. Le français est tellement différent du chinois », se souvient-elle.
Sa progression est freinée par un événement personnel majeur : une séparation en 2016. Seule avec sa fille, elle doit abandonner les cours et accepter un emploi dans un supermarché chinois. Un travail qui la tient loin de la langue qu’elle tente d’apprendre. « Je ne parlais presque jamais français », dit-elle.
La vie reprend un nouveau tournant en 2018 : Hong refonde une famille et accueille deux enfants. Elle se consacre à son foyer, mais garde en tête son ambition de s’intégrer pleinement.
L’EIF : un second départ
Reprendre des cours de français ne l’enthousiasme pas. Sa première expérience l’a ébranlée. Mais elle sait que sans la langue, ses projets professionnels resteront hors de portée. Elle cherche alors un cadre plus humain, plus adapté. Sur recommandation d’une amie, elle découvre l’École internationale de français de l’UQTR. À l’automne 2023, elle entame une formation de 30 mois au centre de cours de Montréal. Elle y trouve ce qui lui manquait : un environnement bienveillant, des professeurs attentifs, une pédagogie structurée.
« Grâce à l’EIF, j’ai beaucoup amélioré mon français, surtout à l’oral. Cette expérience a été très précieuse », affirme-t-elle. Loin du rythme effréné de ses premiers cours, elle progresse à son rythme, reprend confiance, ose prendre la parole.
Un nouvel emploi, une nouvelle vie
Aujourd’hui, Hong travaille dans une école primaire de Montréal. Un emploi qu’elle n’aurait jamais pu décrocher sans sa maîtrise du français. Pour elle, c’est bien plus qu’un travail : c’est la preuve qu’elle a réussi à franchir la barrière qui la séparait de sa nouvelle société.
« J’ai enfin réussi à sortir de ma zone de confort, à m’intégrer, à profiter de ma nouvelle vie et à soutenir mes enfants », dit-elle, le sourire dans la voix.
Le parcours de Hong Tang illustre la résilience de milliers de nouveaux arrivants qui doivent réapprendre à vivre, à parler, à rêver dans une langue qui n’est pas la leur. Il témoigne aussi du rôle crucial de l’EIF, où l’apprentissage du français devient un levier de transformation personnelle, sociale et professionnelle.
