À l’automne 1976, la Bibliothèque de l’UQTR emménageait au pavillon Albert-Tessier. Cinquante ans plus tard, elle occupe toujours les mêmes locaux, réaménagés à plusieurs reprises pour suivre les besoins de la communauté universitaire. Retour sur les grandes étapes de ce demi-siècle.
Les débuts
La Bibliothèque est créée en 1969, en même temps que l’Université. Elle regroupe alors les fonds du Centre des études universitaires, de l’École normale Maurice-L.-Duplessis et du Petit Séminaire de Nicolet, soit un peu plus de 50 000 volumes, installés à l’été 1969 dans le pavillon Nérée-Beauchemin. Maurice Auger en est le premier directeur ; il restera en poste jusqu’en 1980.
Le virage informatique est pris très tôt. En 1972, le Service de la bibliothèque participe au lancement de BADADUQ, la Banque de données à accès direct de l’Université du Québec, premier système collectif de repérage du réseau. En 1976, le système TACO (Traitement automatisé du catalogage sur ordinateur), développé à l’UQTR, est implanté à la Bibliothèque, puis adopté par plusieurs constituantes de l’UQ.
1976 : le déménagement au pavillon Albert-Tessier
Cette même année, la Bibliothèque quitte le pavillon Nérée-Beauchemin, devenu trop étroit, pour le pavillon Albert-Tessier. Les nouveaux locaux, plus vastes, en font rapidement un point de passage obligé du campus. Deux comptoirs d’information documentaire sont ouverts dès l’arrivée : l’un dans l’aire d’accueil, l’autre au deuxième étage, près des collections spécialisées, de l’Audiovidéothèque et de la Médiathèque.
Le pavillon porte le nom de Mgr Albert Tessier, prêtre, historien et cinéaste originaire de Sainte-Anne-de-la-Pérade, à qui l’on doit plus de 70 films et le mot « Mauricie ». Il est mort le 13 septembre 1976, quelques semaines avant l’arrivée des collections.
Un film institutionnel tourné en 1978 montre la Bibliothèque au lendemain de son installation. Elle fait alors partie d’un « secteur des communications » qui réunit aussi l’audiovisuel, l’informatique et les télécommunications, une organisation présentée dans le film comme propre à l’UQTR. On y voit une bibliothécaire interroger une banque de données spécialisée pour un étudiant qui rédige une thèse sur la pollution de l’air dans l’industrie des pâtes et papiers — un service que peu de bibliothèques universitaires canadiennes offraient alors —, et une réunion avec Rimouski, Chicoutimi et Montréal sur la commercialisation du système TACO. La narration résume la mission de l’époque : le problème n’est plus de conserver l’information, mais de diffuser « la bonne information et elle seule », sur un support adapté aux besoins des utilisateurs.
Les collections
Au fil des ans, plusieurs collections nées dans les départements et les services rejoignent la Bibliothèque. Le Centre de documentation en études québécoises ouvre en 1980 et devient, après une contribution des Caisses populaires Desjardins du Centre-du-Québec, le Centre de documentation Desjardins en études québécoises ; il occupera un local de la Bibliothèque pendant plus de quarante ans. La Cartothèque du Département des sciences humaines est intégrée en 1990, avec 38 000 cartes, 50 000 photographies aériennes et des atlas. Suit l’intégration de la Médiathèque (2001), du Centre de ressources didactiques (2002), rebaptisé Didacthèque en 2017, et de la Testothèque du pavillon Michel-Sarrazin (2013). En 2009, les milliers d’ouvrages de la bibliothèque du Département des lettres sont ajoutés aux collections lorsque l’UQTR rétrocède le pavillon Robert-Lionel-Séguin à la Commission scolaire du Chemin-du-Roy.
Trois collections rendent hommage à des membres du corps professoral. La Collection Louisette-Bergeron, inaugurée en 2000, était alors la plus importante collection universitaire québécoise en littérature jeunesse. Louisette Bergeron a enseigné au Département de français de 1981 à son décès, en 1996. Le Salon Alexis-Klimov, ouvert en 2012, porte le nom du philosophe, poète et écrivain qui a enseigné près de trente ans au Département de philosophie. En 2015, l’UQTR et sa Fondation nomment la Bibliothèque du campus de Trois-Rivières « Bibliothèque Roy-Denommé », en reconnaissance des réalisations pédagogiques et scientifiques et de la contribution philanthropique de Madeleine Roy et Jean-Marc Denommé, professeurs au Département des sciences de l’éducation.
Un espace réservé aux livres rares et anciens est aménagé en 2011 dans la salle Laviolette. Il accueille un fonds constitué à la fin des années 1980 par des membres du Département des lettres, dont le fonds d’enseignement des Clercs de Saint-Viateur, et plus de 2 850 ouvrages publiés entre le XVIe et le XIXe siècle. En 2016, la Bibliothèque Desjardins ouvre au campus de Drummondville.
Le virage numérique des services
La lignée technologique se poursuit avec l’implantation, en 1986, du SIGIRD (Système intégré de gestion de l’information et de ressources documentaires), premier système intégré de gestion de bibliothèque du réseau ; ses modules sont déployés progressivement, jusqu’à celui des publications en série au début des années 1990. Le changement le plus important pour la recherche survient toutefois au milieu de cette décennie, avec le développement d’une offre virtuelle : un réseau de CD-ROM donne d’abord accès aux bases de données sans médiation, puis l’arrivée des produits Web, au tournant des années 2000, fait croître considérablement les collections de recherche sous licence. La formation à la recherche documentaire, présente depuis les années 1980, s’intensifie. En 1999, les premiers modules de MANITOU, développé par l’UQAM avec les autres constituantes, remplacent le SIGIRD, avec une interface Web de consultation et un moteur capable d’interroger d’autres sources que les catalogues. En 2006, le budget consacré aux ressources électroniques dépasse pour la première fois celui des collections imprimées.
En 2007, le réseau de l’Université du Québec déploie un système intégré acquis par huit établissements, en remplacement des systèmes développés localement. C’est le début d’une logique de mutualisation qui aboutit en 2020 : la plateforme partagée des 18 bibliothèques universitaires québécoises et son outil de découverte Sofia permettent à la communauté de l’UQTR d’accéder à près de 20 millions de documents. En 2022, l’adhésion au Programme de conservation partagée des collections imprimées assure la pérennité de l’accès à cette documentation.
Les espaces
En 2008, le Service de la bibliothèque entreprend un cycle de travaux qui s’étend sur dix ans : rénovation du hall et de l’aire d’accueil, salle de formation multimédia, comptoir de prêt multimédia, salles de travail en équipe. En 2010-2011, la salle Laviolette, qui sert d’entrepôt au sous-sol du pavillon Albert-Tessier, est équipée de rayonnage compact ; plus de 5 000 boîtes et plus de 2 kilomètres de documents y sont relocalisés, ce qui libère de l’espace aux étages publics.
La zone Carrefour, consacrée au travail collaboratif, ouvre en 2017. L’Espace 24/7 suit en 2018 ; la Bibliothèque devient la première bibliothèque universitaire francophone au Canada à offrir un lieu d’étude accessible en tout temps, à l’année. La Forge, laboratoire de création numérique inspiré des FabLabs, est inaugurée en 2023, sept ans après la mise en place d’un service d’impression 3D. La même année, la Bibliothèque ajoute, avec les Services aux étudiants, des plantes, des hamacs et une collection de jeux de société disponibles au prêt. L’étiquetage RFID des documents, amorcé vers 2016 et appliqué à plus de 300 000 titres, permet en 2023 l’installation de bornes d’auto-prêt, acquises dans le cadre d’un appel d’offres collectif mené par le Bureau de coopération interuniversitaire. En 2025, l’Espace Cycles supérieurs ouvre dans l’ancien local de la Cartothèque, aménagé pour la comodalité.
Le soutien à la recherche
Depuis 2019, la Bibliothèque offre des services en bibliométrie et en gestion des données de recherche, et diffuse les productions savantes de l’Université dans le dépôt institutionnel Cognitio. Le dépôt des thèses et mémoires est entièrement numérique depuis 2022. En 2023, une offre de soutien aux revues savantes accompagne les directions de revue, notamment sur la plateforme Open Journal Systems, et le Service franchit le cap du million de téléchargements de documents électroniques sous licence en une année. En 2024 s’ajoutent un soutien à la réalisation de synthèses de connaissances et des formations sur l’utilisation responsable de l’intelligence artificielle.
2026 : l’année du cinquantenaire
Le Service de la bibliothèque a souligné le cap des cinquante ans par trois rendez-vous à l’automne 2026. En octobre, la Ville de Trois-Rivières et l’UQTR ont officialisé une entente d’abonnement réciproque, déployée progressivement depuis septembre : les personnes abonnées aux Bibliothèques municipales ou à la Bibliothèque Roy-Denommé peuvent désormais emprunter gratuitement certains documents dans l’autre réseau.
Le 6 octobre, la salle Le Carrefour accueillait Guy Berthiaume, historien, Bibliothécaire et archiviste du Canada émérite, ancien président-directeur général de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et docteur honoris causa de l’UQTR depuis juin, pour la conférence L’équilibre du monde documentaire : les rôles des bibliothèques et des archives nationales – Histoire et perspectives ; la captation et un compte rendu de la soirée sont disponibles en ligne.
Pour lire le résumé de la conférence, cliquez ici.
Enfin, du 1er au 30 octobre, l’aire d’accueil a présenté l’exposition 50 faits qui racontent son histoire : photographies, objets et faits marquants retraçant 57 ans d’histoire, dont 50 au pavillon Albert-Tessier. Les 50 faits demeurent accessibles sur le blogue de l’UQTR.

L’exposition. (Photo: Elise Bachant-Lagacé, UQTR)
