Derrière la baisse des pluies, c’est toute la sécurité alimentaire du Nord ivoirien qui se redéfinit sous l’effet du changement climatique.
Cet article – Courant d’idées – est rédigé par Nanan Romaric Konan, étudiant à la maîtrise en sciences de l’environnement (profil avec mémoire) de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).
Présentation de la Côte d’Ivoire

Nanan Romaric Konan, étudiant à la maîtrise en sciences de l’environnement (profil avec mémoire) de l’UQTR.
La Côte d’Ivoire est un pays côtier de l’Afrique de l’Ouest. Elle est située dans la zone intertropicale entre 4°30 et 10°30 de latitude nord et 2°30 et 8°30 de longitude ouest, avec une superficie de 322 462 km2. Elle est limitée à l’ouest par le Libéria et la Guinée ; au nord par le Mali et le Burkina Faso ; à l’est par le Ghana ; et au sud par l’océan Atlantique, sur une distance de 550 km. La majeure partie du relief de la Côte d’Ivoire est constituée de plateaux au nord et de plaines au sud. Le quart nord-ouest est d’ailleurs la région la plus montagneuse du pays. Ces montagnes s’inscrivent dans la continuité de la dorsale guinéenne. Le mont Nimba, le point culminant du pays (1 752 m), se situe à la frontière entre le Libéria, la Guinée et la Côte d’Ivoire.
Climat
La Côte d’Ivoire est située dans la zone intertropicale en Afrique de l’Ouest entre l’équateur et le tropique du Cancer. Son climat est déterminé par le déplacement saisonnier de la zone de convergence intertropicale (ZCIT). La Côte d’Ivoire connaît des climats chauds qui font la transition entre les climats équatoriaux humides et les climats tropicaux secs. Les températures moyennes annuelles sont très uniformes d’une région à l’autre ; les températures moyennes mensuelles varient peu d’une saison à l’autre. Par contre, l’importance des précipitations permet de souligner des différences saisonnières d’une part, et régionales d’autre part.
Le pays subit les influences de masses d’air. Les saisons sont déterminées par la rencontre des deux masses d’air, l’alizé continental, chaud et sec, appelé « Harmattan » et l’alizé austral ou mousson, froid et humide. On distingue ainsi, selon la latitude, quatre principales zones climatiques, en relation avec les précipitations et le couvert végétal. Ici, nous allons présenter le climat du nord du pays.
Le climat tropical sec règne dans le nord du pays. Cette zone climatique subit l’influence continentale de l’Harmattan (vent chaud et sec). Il comporte une saison sèche et une saison pluvieuse, de fortes températures (14 à 33 °C) et une faible humidité (60 % à 70 %). Le régime pluviométrique est unimodal et les précipitations moyennes enregistrées sont de l’ordre de 1 200 mm.
Climat et production agricole
En Côte d’Ivoire, l’agriculture pluviale, sans irrigation, couvre 90 % des productions. Dans le secteur du cacao, les pluies insuffisantes conduisent souvent à des prévisions de baisse de production. Les récoltes de vivriers accusent quelquefois des mois de retard. En effet, le déficit pluviométrique provoque un décalage de la période de production dans plusieurs zones. Le dérèglement climatique constitue l’une des plus grandes préoccupations actuelles de l’agriculture ivoirienne. Les manifestations les plus connues de ce phénomène sont les sécheresses prolongées et les inondations. Ces manifestations représentent une contrainte majeure pour l’agriculture.
Sécheresse et développement
La sécheresse est un phénomène naturel apparaissant dans toutes les régions du monde et particulièrement en Afrique. Elle est l’une des conditions climatiques extrêmes affectant plus de personnes que toute autre forme de catastrophe naturelle. La sécheresse demeure l’une des catastrophes naturelles les plus dévastatrices, car elle paralyse la production alimentaire, provoque l’épuisement des pâturages, la désorganisation des marchés, et, à l’extrême, cause de nombreuses pertes en vies humaines et animales. Elle occasionne également un accroissement des migrations de population des zones rurales affectées vers les zones urbaines, ce qui affaiblit la production alimentaire. En Côte d’Ivoire, l’un des effets visibles du changement climatique, est la réduction des hauteurs de pluie. L’analyse des données pluviométriques ivoiriennes, dont la collecte a débuté véritablement à partir de 1951, a mis en relief une réduction des hauteurs de pluie à partir des années 1970. Ce bouleversement pluviométrique dans un contexte de mutation climatique mondial n’a pas été sans conséquence pour l’agriculture. Avec un système de production traditionnel, sans mécanisation, les agriculteurs sont orientés dans leurs calendriers culturaux par le climat. Les périodes de semis et de récoltes sont donc dépendantes de la pluviométrie. Ainsi, les variations importantes dans la pluviométrie influencent les calendriers agricoles ou les systèmes culturaux.
Effet de l’impact de la sécheresse sur les cultures dans le nord de la Côte d’Ivoire
La sécheresse dans le nord de la Côte d’Ivoire entraîne une diminution significative des rendements des cultures vivrières comme l’igname, le manioc, le mil, le sorgho, le maïs, et le riz en raison de la durée accrue des saisons sèches et de l’irrégularité des pluies. Cela affecte l’économie locale en limitant le nombre de récoltes possibles par an et en provoquant une baisse de la production. De plus, l’impact est aggravé par des facteurs comme la dégradation des sols et l’utilisation intensive de pesticides, qui rendent les cultures plus vulnérables aux aléas climatiques. En Côte d’Ivoire, l’économie repose essentiellement sur l’agriculture de type pluviale, d’où sa vulnérabilité face à la sécheresse. L’impact agricole de la sécheresse se traduit par l’appauvrissement des terres, la modification de l’écosystème et la disparition de l’humus. Les agriculteurs sont obligés de pratiquer une agriculture extensive pluviale, détruisant chaque année des forêts à la recherche de nouvelles terres productives. Par ailleurs, la fréquence récurrente des épisodes de sécheresse a pour conséquence le raccourcissement des saisons culturales (allongement des saisons sèches). La sécheresse a un impact significatif sur les productions agricoles, compromettant ainsi la sécurité alimentaire. Lorsque les températures sont élevées et qu’il y a absence de pluie pendant plusieurs mois, cela provoque des sécheresses qui empêchent la végétation de se développer. Les effets immédiatement visibles sont une défoliation importante, le brunissement des tiges et des feuilles, la mortalité des jeunes pousses, ainsi que les feux de brousse, de forêts ou des plantations agricoles.
Les cultures vivrières au cœur de la vie rurale
Dans la région du Nord, les populations cultivent principalement du mil, du sorgho, du maïs, du riz pluvial et de l’arachide. Ces cultures, dites « vivrières », ont pour objectif de nourrir les familles d’abord avant d’être vendues sur les marchés. Certaines espèces, comme le mil et le sorgho, sont plus résistantes à la chaleur. En revanche, le maïs et le riz pluvial sont plus sensibles au manque d’eau. Le maïs et le riz pluvial demandent davantage d’eau pendant leur croissance. Le maïs a un cycle plus court et un système racinaire moins profond, ce qui le rend vulnérable aux interruptions de pluie. Le riz, quant à lui, dépend d’une pluviométrie régulière et d’une humidité constante du sol. En cas de sécheresse, ces cultures subissent rapidement un stress hydrique, provoquant une baisse de la germination, une floraison incomplète et des récoltes faibles. Les impacts de la sécheresse sur les cultures sont nombreux : retard de germination, arrêt de croissance, floraison incomplète, baisse des rendements, et dégradation des sols. Les ravageurs profitent aussi de ces déséquilibres. Pour les familles rurales, cela signifie moins de revenus et plus d’insécurité alimentaire.
L’urgence d’une gestion de la sécheresse dans le Nord ivoirien
Il n’existe pas encore, en Côte d’Ivoire, de cadre institutionnel ou juridique spécifiquement dédié à la lutte contre la sécheresse. Ce phénomène est plutôt abordé de manière indirecte, à travers les politiques générales de gestion de l’environnement, de l’eau, de l’énergie, de la forêt ou encore dans les stratégies de réduction des risques et de gestion des catastrophes naturelles. Cependant, l’absence d’un dispositif spécifique rend la coordination des actions difficile et limite l’efficacité des mesures de prévention et d’adaptation. En conséquence, les populations du Nord, fortement dépendantes de l’agriculture pluviale, se retrouvent dans une situation accrue de vulnérabilité face à la rareté de l’eau et à l’irrégularité des pluies. Il est donc primordial que les politiques se penchent sur cette question afin d’aider les populations de cette région à faire face à cette situation qui mine leur quotidien afin d’éviter une crise alimentaire future. (Kouakou & Kouassi, 2022)
Bibliographie
Dje, K. B., Nguessan, K. R., & Kouadio, K. J. (2014). Conditions de la sécheresse et stratégies de leur gestion en Côte d’Ivoire. Revue de Géographie Tropicale, 12(3), 45–60.
Kouakou, K. F. J., & Kouassi, K. G. (2022). Changement climatique en Côte d’Ivoire : impact sur les systèmes culturaux et résilience paysanne (1970 à la fin des années 1990). Revue Ivoirienne de Géographie, 18(2), 55–74.
Akmel Yei Raphaëlle (2023). Analyse de l’évolution de la sécheresse dans les Régions du Tchologo, du Gontougo et du Bounkani en Côte d’Ivoire (Nord et Nord-est), Mémoire de maîtrise, Université Jean Lorougnon Guédé de Daloa (Côte d’Ivoire).
Ministère de l’Environnement et du Développement durable (2020). Plan national sécheresse de Côte d’Ivoire 2021-2025
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