Gaëtane Voyer poursuit un parcours universitaire hors du commun à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). À travers sa démarche de recherche-création, la doctorante en art explore les liens entre la mémoire humaine, la mémoire de la Terre et la transformation de la matière. Son exposition, présentée du 3 au 7 juin à la Galerie R3, permettra au public de découvrir un univers où la rouille métaphorise une mémoire qui se fragilise, se transforme et s’efface.
Un doctorat construit sur mesure
Avant d’entreprendre son doctorat, Gaëtane Voyer avait déjà complété une maîtrise mêlant éducation et art à l’Université du Québec en Outaouais. Après sa retraite, elle découvre ensuite le DESS en art de l’UQTR, une expérience qui alimente encore davantage son désir d’apprendre et de créer.
Mais qu’est-ce qui l’a poussé à poursuivre des études au troisième cycle? « Pour garder mon cerveau vivant », lance-t-elle tout bonnement.
À l’UQTR, elle a choisi le doctorat sur mesure en art, car c’est une formule qui lui permet d’adapter entièrement son parcours universitaire à sa démarche artistique et à ses intérêts de recherche.
Le curriculum est bâti selon nos besoins. Les cours étaient adaptés à mon projet. -Gaëtane Voyer
Cette approche lui a permis d’explorer librement les thèmes qui sont au cœur de son travail artistique depuis plusieurs années. Elle mentionne notamment la mémoire, la transmission et la transformation des matières. Sa démarche prend ainsi forme à travers une série d’échanges et de collaborations qui viennent nourrir sa réflexion sous différents angles.
Un accompagnement doctoral sur mesure
Mme Voyer souligne d’ailleurs avoir particulièrement apprécié l’accompagnement offert dans le cadre du doctorat sur mesure. Contrairement à l’image d’une artiste isolée dans sa création, elle explique avoir aimé pouvoir échanger avec le corps professoral et avec des spécialistes issus de différents domaines. Ils ont vraiment contribué à faire évoluer sa réflexion.
Faire dialoguer l’art et la science dans une démarche artistique
Dans le cadre de sa recherche, elle est notamment allée à la rencontre d’un géologue afin d’explorer la notion de mémoire tellurique à travers les strates, l’érosion et les fossiles. Elle a également collaboré avec des spécialistes en psychologie et en neurosciences, pour approfondir les mécanismes liés à la mémoire et à la maladie d’Alzheimer.
Cette approche interdisciplinaire lui a permis de faire dialoguer l’art et la science dans une même démarche de recherche-création.
Comment représenter la mémoire à travers l’art?
Au cœur de sa recherche se trouve une question : comment représenter la mémoire à travers l’art?
Inspirée par un reportage portant sur la maladie d’Alzheimer, Mme Voyer s’intéresse aux protéines bêta-amyloïdes, responsables de l’accumulation de plaques qui perturbent les connexions neuronales. Rapidement, un parallèle s’impose dans son esprit entre ces phénomènes biologiques et les transformations de la matière.
La protéine travaille sur les neurones, comme la rouille travaille sur l’acier. J’ai fait le lien.
Depuis longtemps, Gaëtane Voyer intègre des objets rouillés à ses créations. Elle est attirée par leur texture, leur couleur et leur évolution dans le temps. Cette matière devient aujourd’hui une métaphore vivante de l’effritement de la mémoire et des traces laissées par le temps.
Sa recherche établit également un parallèle entre la mémoire humaine et celle de la Terre. Les plaques amyloïdes associées à la maladie d’Alzheimer trouvent ainsi un écho dans les plaques telluriques, les strates géologiques et les marques laissées par l’érosion.
À travers ses œuvres, l’artiste cherche à rendre visibles ces phénomènes invisibles, en créant des installations où les matériaux continuent eux-mêmes à se transformer.
Son exposition est d’ailleurs conçue pour évoluer au fil du temps. La rouille poursuit son travail, les matériaux se modifient et les œuvres se transforment d’une présentation à l’autre.
« Je ne veux pas que cette œuvre-là soit permanente. Je veux qu’elle continue à rouiller. Puis, à un moment donné, elle va finir par se désintégrer. C’est vraiment un projet qui va changer à chaque exposition que je vais faire. »
Une exposition à découvrir à la Galerie R3
L’exposition de Gaëtane Voyer sera présentée du 3 au 7 juin à la Galerie R3. Le public est invité à venir découvrir cette démarche artistique où mémoire et matière se rencontrent dans une œuvre en constante transformation.

Le vernissage aura lieu le jeudi 4 juin, de 16 h à 19 h à la Galerie R3.
