Dans les usines modernes, l’approvisionnement en matières premières reste un défi quotidien. Les lignes de production automatisées tournent vite. Les opérateurs doivent pourtant encore se déplacer physiquement pour vérifier les niveaux de matières premières. Cette réalité, commune à de nombreuses usines, génère des pertes de temps, des interruptions et des décisions prises sans information fiable.
C’est exactement le problème qu’a choisi d’attaquer Britany Lévesque dans le cadre de son projet de fin d’études en génie industriel, réalisé chez Essity, à Drummondville. Essity est un leader mondial des produits d’hygiène et de santé. Son usine de Drummondville opère des lignes de production semi-automatisées à cadence élevée. L’approvisionnement en rouleaux de matières premières y est critique. Un retard, une mauvaise priorisation, et c’est toute une ligne qui ralentit.
Britany a d’abord mené une analyse approfondie des processus en place. Elle a rencontré les différentes parties prenantes : gestionnaires, opérateurs, électromécaniciens. Cette démarche de terrain a permis d’identifier les vrais irritants et de générer plusieurs pistes de solution. Chaque avenue a été évaluée selon les ressources disponibles et les bénéfices estimés. Parmi les différents projets envisagés, le développement d’une interface visuelle de priorisation des besoins en temps réel s’est imposé comme la solution offrant le meilleur potentiel d’impact tout en s’intégrant aux systèmes déjà en place.
Le travail technique derrière cet outil est considérable. En collaboration étroite avec les responsables procédés électriques, Britany a acquis les données directement depuis les automates programmables (PLC) des machines. Elle a identifié les variables pertinentes, puis développé une modélisation mathématique des dynamiques de consommation à partir des signaux des capteurs disponibles. Cette modélisation a été validée en conditions réelles avant le développement final de l’interface. L’outil permet aux opérateurs de savoir, d’un coup d’œil, quels postes de consommation nécessitent une intervention. Il suit les consommations en continu et anticipe les changements de rouleaux avant qu’ils ne deviennent urgents.
Le résultat est remarquable. En 135 heures de travail — réalisées en une seule session, en parallèle de 4 autres cours — Britany est passée d’une problématique générale à un outil pleinement opérationnel. L’interface valorise des données des machines semi-automatiques d’Essity jusqu’alors peu exploitées à des fins opérationnelles.
« Ce projet illustre comment les principes du génie industriel peuvent être mis à profit pour améliorer la performance des opérations manufacturières grâce à l’analyse de données, à l’optimisation des processus et à l’intégration de solutions technologiques adaptées aux réalités du milieu industriel », souligne Britany Lévesque.
C’est un pas concret vers l’industrie 4.0. Le projet ouvre déjà la voie à de futurs développements, notamment un modèle d’optimisation des tournées d’approvisionnement avec fenêtre de temps.
Pour ce travail, Britany Lévesque a reçu le prix du meilleur projet de fin d’études 2025-2026 du département de génie industriel de l’UQTR. Nouvellement diplômée, elle termine sa formation avec une réalisation concrète, déployée en milieu industriel et saluée par ses pairs. Le prix lui a été remis par François Gauthier, directeur du département, en présence d’Ambre Dupuis, professeure superviseure du projet.
