Chaque minute, les Québécois génèrent 11 tonnes de déchets, ce qui équivaut à environ 685 kg (plus de 1500 lb) par habitant pour l’année 2023, selon Recyc-Québec.
Malheureusement, cette quantité ne cesse d’augmenter, ce qui mène les sites d’enfouissement de plus en plus près de la pleine capacité. Pour répondre à la demande constante, plusieurs projets d’agrandissement sont acceptés, alors que ces sites ne devraient être qu’une solution temporaire.

Camille Milot, étudiante à la maîtrise en sciences de l’environnement (profil avec mémoire) de l’UQTR.
Cet article – Courant d’idées – est rédigé par Camille Milot, étudiante à la maîtrise en sciences de l’environnement (profil avec mémoire) de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le Québec a produit environ 6 millions de tonnes de déchets en 2023. L’équivalent de 40 000 baleines bleues. Cette quantité met à rude épreuve les 39 sites d’enfouissement actifs de la province (ministère de l’Environnement), qui ne parviennent pas à répondre à la demande croissante. Plusieurs d’entre eux, comme Lachenaie (Terrebonne) et Saint-Étienne-des-Grès (Mauricie), atteignent leur capacité maximale. Face à cette saturation et à la croissance de la population, repenser notre gestion des matières résiduelles devient impératif.
Outre les défis actuels posés par la gestion de nos déchets, de nouveaux enjeux émergent : les « déchets verts ». Alors que la transition énergétique se poursuit, de nombreuses technologies d’énergie renouvelable sont développées et déployées sur le territoire. Bien que ces énergies aient un impact globalement favorable pour l’environnement, elles ne sont pas tout à fait sans conséquence.
Les installations énergétiques renouvelables, telles que les éoliennes et les panneaux solaires, ont une durée de vie limitée, généralement comprise entre 20 et 30 ans (Gouvernement du Canada). Bien que certaines pièces, comme le plastique, le verre et le métal puissent être recyclés, d’autres sont malheureusement enfouies : les pales d’éoliennes et les éléments semi-conducteurs ainsi que les films minces de certains panneaux solaires. Ces matériaux libèrent alors dans le sol des métaux lourds toxiques, comme le cadmium, le plomb et le zinc, qui peuvent entraîner des conséquences néfastes pour la nature et la santé humaine. Chez les humains et les animaux, en quantités importantes, ils peuvent affecter divers organes, notamment le foie, les reins, le système digestif et le système nerveux.
La situation actuelle révèle une incohérence dans notre approche environnementale. Bien que des projets pilotes existent pour le recyclage des matériaux actuellement non recyclables, les avancées demeurent lentes comparativement au rythme de production. Le Québec investit davantage dans le développement des énergies propres que dans la gestion de la fin de vie de ces technologies vertes. Nous sommes fiers de nos panneaux solaires et de nos éoliennes, mais nous ne planifions pas leur devenir dans vingt ou trente ans.
Pour une transition écologique véritablement durable, le Québec doit équilibrer ses investissements : autant pour la réduction et le recyclage que pour la production. Cela implique d’étudier des techniques de récupération, d’instaurer une taxation écologique pour les producteurs de déchets et de promouvoir l’économie circulaire : recyclage, réparation, réutilisation. Sans quoi nous ne faisons que remplacer une pollution visible par une pollution cachée.
La transition énergétique seule ne suffira pas pour atteindre les objectifs fixés, tels que la carboneutralité. Elle nécessite un changement de mentalité. Encourager une telle transition au Québec ne se limite pas à adopter des énergies « propres », mais implique de reconnaître qu’il y a toujours deux faces à toute médaille. Cela exige d’assumer la responsabilité complète du cycle de vie des produits, de leur création à leur obsolescence. Qu’allons-nous faire de nos déchets présents et futurs ?
Courant d’idées permet à la communauté scientifique de l’UQTR de s’exprimer sur différents sujets et enjeux à travers une série d’articles vulgarisés pour le grand public. Consultez notre guide de rédaction.
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