Alors que les institutions culturelles sont de plus en plus exposées aux impacts du changement climatique, un ouvrage ambitieux, Musée et écologie. Missions, engagements et pratiques, que la professeure Aude Porcedda du Département d’études en loisir, culture et tourisme a dirigé avec Lucie Marinier du Conservatoire national des arts et métiers et Hélène Vassal du Musée du Louvre, dresse un état des lieux inédit et propose des pistes concrètes pour accélérer la transition écologique dans le secteur muséal.
Publié par La Documentation française, le livre réunit plus de 97 professionnels, scientifiques et artistes engagés dans la transformation des pratiques muséales. Leur constat est sans appel : d’ici 2050, plus de 50 % des musées pourraient être confrontés à des conditions climatiques rendant leur fonctionnement normal presque impossible. Hausse des températures, épisodes extrêmes, recul du trait de côte : les défis se multiplient et exigent une adaptation rapide.
Selon une étude citée dans l’ouvrage, à l’horizon 2050, plus de la moitié des musées seront confrontés à au moins cinq jours annuels dépassant 42 °C, une température incompatible avec le fonctionnement normal des bâtiments et de leurs systèmes de conservation. Tous verront l’été se réchauffer en moyenne de 2,3 °C, tandis que plusieurs dizaines d’entre eux sont déjà menacés par le recul du trait de côte.
Autrement dit : l’adaptation n’est plus une option, mais une condition de survie.

La page couverture de l’ouvrage.
Un modèle muséal à repenser
L’ouvrage rappelle que les indicateurs traditionnels de réussite, comme la multiplication des expositions, l’augmentation des collections, l’extension des espaces, entrent en contradiction avec les impératifs de sobriété écologique. Il pose ainsi une question centrale : comment réduire l’impact environnemental des musées tout en renforçant leur mission culturelle, sociale et citoyenne ?
À travers des témoignages, analyses et retours d’expérience, l’ouvrage met en lumière des initiatives provenant de France, du Québec, d’Amérique du Sud, d’Afrique du Nord et d’Europe. Cette dimension internationale confirme que la transition écologique ne peut s’opérer sans prendre en compte la participation citoyenne, la justice sociale et l’évolution des pratiques professionnelles.
L’ouvrage souligne aussi les différences d’approche selon les territoires. Là où la France se concentre surtout sur des outils techniques (bilans carbone, normes, écoconception) d’autres régions, comme le Québec, inscrivent la transition dans un cadre plus large, lié à la justice sociale, à la participation citoyenne et à la décolonisation des pratiques culturelles.
Des pistes d’action concrètes
Les auteurs proposent un ensemble de solutions opérationnelles pour bâtir le musée de demain :
- Réévaluation des pratiques de conservation,
- Innovations architecturales et scénographiques,
- Écoconception,
- Gestion durable des mouvements d’œuvres,
- Sobriété numérique,
- Nouvelles formes de médiation et d’engagement du public.
Des exemples inspirants, tels que les centres de conservation de Strasbourg ou de Liévin, illustrent la manière dont les institutions peuvent concilier respect du vivant et excellence culturelle.
L’ouvrage conclut sur une évolution majeure : la durabilité fait désormais partie intégrante de la définition même du musée. En repensant leurs méthodes, leurs espaces et leur rôle social, les institutions culturelles se positionnent comme des acteurs essentiels de la transition écologique.
