Malgré leurs différences historiques et géographiques, les Peuples autochtones du Québec et du Mexique partagent des expériences communes marquées par la résilience, un lien étroit avec le territoire ainsi qu’une culture et des savoirs propres. Les jeunes autochtones issus de ces communautés sont également confrontés à des expériences similaires lorsqu’ils arrivent à l’université : « On parle à peine de leur histoire, leur langue ancestrale n’est pas reconnue, il y a des enjeux quant à la persévérance scolaire », cite à titre d’exemples la professeure Corina Borri-Anadon du Département des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).
Celle-ci poursuit : « Pourtant, les universités ont un rôle central à jouer, qui va au-delà des seules politiques d’inclusion. Elles doivent reconnaître la légitimité des savoirs, des langues et des cultures autochtones, et en ce sens contribuer au dialogue avec les Premiers Peuples. »

La professeure Corina Borri-Anadon de l’UQTR lors d’une séance d’échanges dans une école secondaire de Guadalajara, Mexique.
Il faut savoir qu’au Québec comme au Mexique, certaines communautés autochtones scolarisent les enfants dans leurs propres écoles grâce à un cursus qui tient compte de leur contexte culturel et linguistique. Mais quand ces jeunes souhaitent poursuivre des études postsecondaires, ils se retrouvent souvent à fréquenter des institutions qui n’ont pas été conçues pour consolider et renforcer leur perspective sur monde.
Partager des initiatives universitaires
Au cours des dernières semaines, la professeure Borri-Anadon a effectué un séjour dans l’État de Jalisco qui a été rendu possible en partie par les fonds du Programme de Mobilité enseignante pour la création de partenariats d’ÉduCanada. Dans ce cadre, elle a participé à une série d’activités universitaires et communautaires dans l’État de Jalisco, au Mexique, afin de favoriser les échanges académiques et interculturels autour des réalités des peuples autochtones. Invitée par l’Université de Guadalajara (UDG), la chercheuse de l’UQTR a pris part à différentes rencontres réunissant étudiants, enseignants et collectifs autochtones. Pour une partie du séjour, elle a été accompagnée de sa collègue Kelly Russo, professeure à l’Université de l’État de Rio de Janeiro au Brésil, avec qui elle a réalisé récemment un projet de coopération sur l’expérience d’étudiantes autochtones dans leur université respective.
Appuyée par le Bureau des relations internationales (BRI) et le Bureau des relations et à l’engagement auprès des Premiers Peuples de l’UQTR, cette démarche s’inscrit dans un effort plus large visant à renforcer les collaborations entre l’université trifluvienne et l’UDG, tout en contribuant au développement d’approches éducatives sensibles aux réalités linguistiques et culturelles des peuples autochtones.
La visite au Mexique a stimulé le partage d’initiatives inspirantes de part et d’autre. Par exemple, cela a permis de faire valoir les acquis de l’UQTR en la matière, dont l’adoption du plan stratégique autochtone 2025-2027, Tisser des liens durables avec les Premiers Peuples, la présence d’un aîné autochtone en résidence, Jacques Newashish, ainsi que le microprogramme de premier cycle en enseignement d’une langue algonquienne. Du côté de l’UDG, Mme Borri-Anadon a pu connaître des initiatives comme la remise annuelle d’un prix de littérature en langue ancestrale, un colloque annuel sur les expériences et revendications étudiantes autochtones, et les liens tissés avec des organisations de la société civile.
« Nous aimerions aller un pas plus loin et permettre aux étudiants autochtones de l’UQTR de rencontrer leurs pairs mexicains dans une perspective d’échanges interculturels et de partage de leurs expériences universitaires », affirme la professeure.

L’éducation comme levier
Pour Corina Borri-Anadon, autant l’éducation a été utilisée historiquement comme une arme d’effacement des Premiers Peuples, autant aujourd’hui elle est sollicitée pour devenir un levier d’autonomisation et de réconciliation. « Cette tension historique, je la trouve très féconde pour comprendre et étudier les enjeux qu’on rencontre pour en arriver à transformer nos institutions, les décoloniser, les rendre plus justes », soutient-elle.
En ce sens, la visite de la chercheuse de l’UQTR a ouvert un espace de dialogue autour des réalités vécues par les étudiants autochtones au Canada et au Mexique. Les discussions ont porté sur les enjeux d’accès à l’éducation, de reconnaissance au sein du curriculum et des pratiques institutionnelles, et de collaboration entre universités et communautés.
« Ce rapprochement est un premier pas afin d’ouvrir la voie à de futurs projets conjoints fédérant des personnes étudiantes autochtones de diverses universités des Amériques, tout en contribuant à redéfinir l’internationalisation académique à la lumière de perspectives d’interculturalité décoloniales », conclut Mme Borri-Anadon.

