Le Fonds de recherche du Québec (FRQ) a remis le Prix Relève étoile Jacques-Genest d’août 2026 à Janny Mathieu, chiropraticienne et titulaire d’un doctorat en sciences biomédicales de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).
Cette distinction souligne l’excellence de la recherche menée par la relève étudiante et postdoctorale dans le domaine de la santé. Elle est assortie d’une bourse de 1 500 $.
Janny Mathieu reçoit le prix pour sa publication intitulée Diagnostic and management concordance between chiropractors and neurosurgeons for patients with low back pain, parue dans la revue Scientific Reports – Nature.
Dans son article, Mme Mathieu s’intéresse à la prise en charge des personnes souffrant de douleurs au dos et à la pertinence des orientations vers les services de neurochirurgie.
Résumé
La douleur au dos est une condition de santé courante et une raison fréquente de consultation médicale. De récentes études montrent que les personnes qui consultent pour une douleur au dos dans le système de santé publique québécois doivent composer avec des délais importants avant d’obtenir les soins appropriés.
En Mauricie et au Centre-du-Québec, près d’une personne sur cinq référée à un neurochirurgien pour une douleur au dos n’a en fait pas besoin de l’expertise de ce médecin spécialiste. Ces personnes peuvent ainsi attendre plusieurs mois inutilement, sans avoir obtenu les soins appropriés. Cette situation contribue également à augmenter les temps d’attente pour les services spécialisés destinés aux personnes qui en ont réellement besoin.
Ailleurs dans le monde, de nouveaux modèles de soins s’appuyant sur l’expertise de professionnels de la santé musculosquelettique, comme les physiothérapeutes, les chiropraticiens et les infirmières praticiennes spécialisées, gagnent en popularité. Ces modèles permettent d’offrir des soins plus rapidement, d’éviter certaines consultations médicales inutiles et d’améliorer l’état de santé des patients.
Au Québec, cependant, les experts en santé musculosquelettique sont peu présents dans le système de santé publique. Des efforts sont nécessaires pour évaluer la valeur potentielle d’une meilleure intégration de ces professionnels sur la prise en charge des personnes consultant pour une douleur au dos.
Pour répondre à cet en enjeu, l’étude de Janny Mathieu et de ses collaborateurs visait à déterminer si les experts en santé musculosquelettique peuvent jouer un rôle dans le triage des personnes atteintes de douleurs au dos. Pour première étape, l’objectif était d’évaluer le niveau d’accord en matière de diagnostic et de traitements proposés entre les chiropraticiens et les neurochirurgiens.
Pour ce faire, 100 personnes atteintes de douleurs au dos ont été évaluées, d’abord par un chiropraticien, et ensuite par un neurochirurgien qui n’était pas au courant des conclusions de la première évaluation. Les diagnostics et les traitements proposés par les deux professionnels ont ensuite été comparés par deux évaluateurs indépendants afin de déterminer leur concordance. Une analyse supplémentaire a également été réalisée pour identifier les caractéristiques des patient.e.s pour lesquels les avis étaient divergents.
Un niveau d’accord de 74,7 % pour les diagnostics et de 82 % pour les traitements proposés a été obtenu entre les chiropraticiens et les neurochirurgiens. La présence de symptômes neurologiques favorisait un meilleur accord sur le diagnostic entre les professionnels. Pour 50 % des personnes évaluées, les deux professionnels ont jugé que le recours à des approches de traitements alternatives (ex : exercices, thérapie manuelle) était la stratégie de prise en charge la plus appropriée.
Ces résultats suggèrent que les experts en santé musculosquelettique, dont les chiropraticiens, disposent des compétences nécessaires pour effectuer un triage efficace des personnes atteintes de lombalgie. Une meilleure intégration de ces professionnels dans le système de santé publique québécois pourrait contribuer à améliorer la prise en charge des patient.e.s qui ne nécessitent pas de chirurgie, tout en minimisant les listes d’attente pour des soins spécialisés au bénéfice de ceux qui en ont besoin. D’autres études sont nécessaires pour évaluer si cette intégration pourrait avoir un impact réel sur l’état de santé des patient.e.s.
